" Il est a peine cinq heure quarante cinq et la nuit est déjà bien installée. On voit encore une lueur fragile au loin, qui s'en va doucement, épuisé, derrière les montagnes. Elle se demande bien quelle apparence a ce magnifique dégradé, après les montagnes. Elle avance, entre les rues encore bruyantes et surpeuplées de personne qui se hâte dans les bars, les arrêts de bus ou les bureaux de tabac. Le froid nous fait frissonner de partout et nous oblige a marcher vite, à faire des gestes brusques. Cependant elle, c'est lentement qu'elle avance vers la suite de l'histoire. Comme chaque mardi soir, c'est seule qu'elle longe les murs de ces rues bien sombres. Les points serrés au fond de ses poches pour garder le peu de chaleur qu'il est possible d'avoir, ses pas se succèdent au rythme de ces musiques qu'elle écoute bien trop fort dans ses oreilles. Elle sourit aux passants pressés qu'elle croise mais au fond, bien sur, elle n'en a aucune envie. Elle hait ces gens, elle hait leur façon de hocher la tête en sa direction ou leur façon de s'excuser lorsqu'ils la bousculent accidentellement. Si elle n'avait pas en elle un profond respect pour chacun de ses semblables, elle les insulteraient à tord et a travers. Mais elle n'aime pas les problèmes, elle les fuit comme la peste. C'est une jeune femme sans histoire, sans plaintes, elle ne fait pas de poèmes sur sa vie car elle n'a jamais trouvé utile de se contenter de peu, d'être heureuse de rien. A cette heure-ci, elle sait qu'elle s'en va retrouver un foyer familiale qui croule sous les mésententes et, s'il ne s'agissait que de sa propre volonté, elle n'y retournerai pas. Elle n'aime pas devoir affronter droit devant ce qui réquisitionne son sommeil, sa concentration aussi. Pour être sure de ne rien avoir à régler ce soir non plus, elle finira par s'enfermer dans sa chambre, cette pièce où il n'y a qu'elle qui a le droit d'y pénétrer, cette sorte de journal intime, son jardin secret. Elle sait qu'au final, une dispute éclatera car un de ces deux adultes dit responsables - dont elle est l'enfant - finira par dire un mot de trop, ou sera absent au repas familiale, ou encore sera d'une terrible humeur. Pour celà, elle a déjà tout prévu. Ce sourire vide pendu a ses lèvres, et son humeur calme aussi. Elle se surprend, d'ailleurs, d'être de si bonne humeur ce soir, après une si longue journée. Elle commence réellement a trouver son rythme scolaire, et les efforts payent, cela l'enchante. Elle aimerai tellement que tout dépende de ses propres efforts personnels..
Beaucoup de phrases construites comme dans les livres traversent son esprit, elle se repasse les scènes clef de cette journées comme si elle avait été différentes des autres. Mais ce n'est pas le cas. Parfois, elle arrive même a se faire sourire en repensant a une situation débile, où a une phrase qu'on lui aurait dis pour la faire sourire. Elle se rapelle aussi que ce midi elle était très entourée. Ca faisait même longtemps qu'elle espéré retrouver tout ces gens qui lui manque au plus profond de son inconscient. Mais très vite, le sourire se transforme en grimace. Encore une fois, elle s'est réjouit pour rien, elle s'en veut. Elle grimpe dans ce bus surpeuplé, son esprit est ailleurs, seulement un souvenirs où une pensées pourrait la faire réagir. Mais ces gens, tout ces gens qui se regardent intrigués par tout et n'importe quoi, cette bande d'humains dont elle méprise le regard, ne l'intrigue pas, elle. Elle les trouve tous banals, tous pareil. Bien entendu, elle ne s'en veut pas d'être aussi dégouté par ce qui l'entoure, c'est de leur faute après tout. C'est leur faute. Regardez-les, ils sont toujours en colère, ils n'osent vous demander pardon, ni détourner le regard même lorsqu'ils sont en tord. C'est pas la tendresse qui les étouffent. Elle est consciente de sa bêtise, mais elle en oublie vite les grandes lignes après s'être fait sourire légèrement. Quelqu'un l'a bouscule et la sort instantanément de ses pensées, elle lève les yeux vers son agresseur dont les lèvres sont certainement en train de formuler des excuses, des politesses mais elle ne prendra pas la peine de retirer ses écouteurs de ses oreilles pour l'écouter. Elle détourne le regard vers la fenêtre, le bus est a l'arrêt. Elle observe ces gens septique qui attende au bord de la route que les voitures daignent s'arrêter et les laisser passer.. Ils l'énervent, ces gens l'énerve. Ces gens qui attenden toujours quelque chose, et qui sont systématiquement déçue. Oui, ces gens là la dérange, ils n'ont jamais la présence d'esprit d'être satisfait, ou seulement de faire semblant. Le bus redémarre et elle resombre dans ses pensées. Après tout, puisque rien ne l'intrigue, c'est dans ses pensées qu'elle finira le voyage. Sa première pensée, c'est qu'elle va pouvoir fumer une cigarette au prochain arrêt. "
" Laisses parler le futur. Le passé lui, tu l'oublies. Le présent sait ce qu'il dit.
Elle n'est pas mon passé, certes, elle n'est peut-être même pas mon futur. Mais elle est mon présent, et je ne mériterai sans doute pas qu'elle le soit. Mais maintenant qu'elle est là, rien ne me fait plus peur. Tu vois, rien ne m'angoisse le matin, rien ne me fais changer d'humeur pendant la journée. Et le soir quand je m'endors, rien ne me fait peur, même demain et ses péripéties. Il n'y a que sa voix qui fait basculer mon coeur. "
Céline.